Visas pour la France : un député français interpelle le gouvernement de Macron

Visas pour la France : un député français interpelle le gouvernement de Macron

La décision du gouvernement français de réduire de moitié la délivrance de visas pour l’Afrique du Nord continue de faire des remous, au sein même de la classe politique française et, bien entendu, dans les pays africains touchés par cette mesure.

Dans ces pays, c’est la déception, quatre ans après le discours de rupture avec les anciennes pratiques françaises, prononcé par Emmanuel Macron le 28 novembre 2017, quelques mois seulement après son élection à la tête de l’Etat français.

En effet, lors de ce discours prononcé devant un parterre de quelques 800 étudiants de l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, Macron avait annoncé une rupture totale avec les pratiques opaques de la ‘Françafrique’, dénoncées par toutes les parties. Cela fait maintenant quatre ans mais : « rien n’a changé et les africains peinent à se défaire du lourd héritage colonial », déclare un enseignant chercheur de la même université. « Les promesses de rupture se sont heurtées à la Réalpolitiksur fond d’intérêt économique entre l’ancienne métropole et ses colonies », écrit le chercheur.

C’est en référence à ce discours annonçant de nouvelles relations basées sur l’équité, la justice, l’aide de la France à ses anciennes colonies, qu’un député français a demandé aux autorités françaises si la décision de réduire de moitié la délivrance de visas pour les ressortissants nord-africains n’est pas en opposition frontale avec les annonces faites alors par le président Emmanuel Macron.

En effet, le député demande, lors des questions orales au gouvernement français, si : « les nouvelles mesures de durcir les conditions de délivrance de visas pour les pays d’Afrique du Nord n’est pas en harmonie avec le discours de Ouagadougou ».

Il affirme que la décision de reconduire les personnes entrées illégalement en France vers leurs pays d’origine est une question de souverainement mais : « à la place de la vexation, n’est-il pas possible de changer de logiciel pour introduire de la responsabilité ? ».

Le député déclare craindre que cette décision pourrait sanctionner des étudiants, des chercheurs, des entrepreneurs, des artistes, des sportifs « toutes ces forces vives amenées à être des passerelles entre les deux continents » estime-il.

Il continue en se posant la question que ces décisions pourraient aussi toucher ‘ces petites gens, des populations sans réseaux, les classes moyennes pour lesquels le visa est un ‘oxygène’ pour voir le monde ou même un laisser-passer pour la réussite professionnelle’.

« Eux qui côtoient les 3,5 millions de français de l’étranger avec lesquels ils entretiennent des relations fraternelles, alors que la France veut rester la première destination touristique mondiale tout en investissant dans bon nombre de programmes à destination des étudiants comme le fameux programme ‘Bienvenue en France’ », continue le député dans sa question orale au gouvernement.

Il demande aussi si cette décision, appliquée sans distinction, ne risquait pas d’être incomprise, alors : « non à la naïveté, oui à la responsabilité et à la coopération, alors, comment trouver un juste équilibre entre des mesures de rétorsions fortes pour faire appliquer les OQTF (Obligation de Quitter la France) et celles de permettre les mobilités qui font le rayonnement de la France à l’étranger ? ».

Pas seulement le Parlement

De nombreux experts français qualifient cette décision de ‘biaisée’, comme le chercheur Matthieu Tardis qui regrette cette décision car ‘on punit une partie de la population qui n’est pas concernée par la migration, dont des étudiants, des commerçants ou des touristes, dans des proportions démesurées par rapport au nombre d’expulsés’, déclare-t-il.

D’autres personnalités de différents horizons estiment que cette décision est inconsidérée et lèserait aussi bien la France et les français que les ressortissants des pays visés.

Tahar Mansour