Algérie-Turquie : Le smart power pour consolider une relation stratégique

Algérie-Turquie : Le smart power pour consolider une relation stratégique

L’invitation du Président Tebboune par le Président Erdogan pour une visite officielle en Turquie faite à l’occasion du troisième sommet du Partenariat Turquie-Afrique, tenue le 18 décembre 2021 à Istanbul, s’est concrétisée ses trois derniers jours. Cette visite d’Etat a permis à Alger et Ankara de sceller le partenariat stratégique de leurs relations.

Ce caractère stratégique des relations bilatérales a été mis en exergue lors de la visite d’amitié et de travail, les 26 et 27 Janvier 2020, à Alger du Président Turc Erdogan. Il a été convenu, alors, d’intensifier le partenariat économique (commerce et investissements) ainsi que de renforcer la concertation politique sur les questions régionales et internationales. De plus, il avait été convenu de la création d’un Conseil de Coopération de Haut Niveau entre l’Algérie et la Turquie avec le souhait des deux parties de mettre en place une zone de libre-échange.

La relation bilatérale Algéro-Turque rentre incontestablement dans le cadre de la configuration des nouvelles alliances géostratégiques et géoéconomiques qui se déroulent, présentement, à l’ombre de la crise politico-militaire Russo-ukrainienne et ce par le jeu du smart power.

L’Algérie est considérée, par la Turquie, comme le plus important accès économique en Afrique du Nord et en Afrique sub-saharienne et par voie de conséquence serait le prolongement naturel d’un développement mutuellement bénéfique sur le continent Africain. Sur les questions régionales et notamment sur le dossier Libyen, les points de vue d’Ankara et d’Alger ont pu finalement converger pour l’aboutissement d’une solution politique par le dialogue et la réconciliation inclusive visant à instaurer un climat de stabilitéet éviter que cet espace continue à être propice au développement des Organisations Violents Extrémistes.

Il est de notoriété que les relations entre l’Algérie et la Turquie correspondent aux interactions diplomatiques, culturelles et économiques entre les deux pays dont l’origine remonte à la régence d’Alger, lorsque l’Algérie était sous contrôle de l’Empire Ottoman. Depuis ces dernières années, les relations bilatérales ont été bâties autour de dossiers diplomatiques importants tels que la question Palestinienne, celle du Sahara Occidental et le conflit de faible intensité en Libye, dans lesquels les deux pays sont, présentement, en accord à travers des prises de position communes.

L’Algérie est le deuxième partenaire commercial de la Turquie en Afrique avec environ 4 milliards d’USD d’échanges commerciaux, tandis que la Turquie est le premier investisseur étranger en Algérie avec 5 milliards d’USD d’investissements directs (377 projets).

En matière de commerce, la Turquie exporte vers l’Algérie principalement du textile et des produits manufacturiers. L’Algérie quant à elle exporte surtout des combustibles minéraux, du sucre et des produits chimiques.Selon les déclarations officielles, de nouveaux projets d’investissements turcs seront concrétisés en Algérie dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie et des énergies renouvelables, de l’agriculture, du tourisme et de la santé. Mme l’ambassadeur de Turquie en Algérie avait affirmé, récemment lors d’un point de presse, que les entreprises turques présentes en Algérie vont continuer à investir dans des projets porteurs, citant notamment le nouveau projet du groupe turc « Tosyali », d’un montant global de 1,7 milliard de USD pour la production d’acier plat à Oran (région Ouest) qui sera concrétisé, avant la fin de l’année 2023, et permettra d’exporter vers les marchés turc, européen et américain. L’entrée en service de cette unité sera soutenue par la réception d’un espace portuaire dédié au niveau du port d’Arzew.

Parmi les autres projets d’investissements cités par Mme l’ambassadeur, celui du secteur de l’agriculture, prévu au niveau de la wilaya d’Adrar d’un montant global de 20 millions de USD investis dans la production laitière et la culture céréalière (blé). Par ailleurs, le complexe intégré des métiers de textile du groupe turc « Tayal » de Relizane devra, selon la diplomate, lancer prochainement un autre projet de production locale de coton pour réduire l’importation de cette matière, dont l’Algérie dispose d’importantes capacités de production et une expérience datant des années 70.

Il est clair que la montée en puissance de la Turquie sur le continent africain dont le volume des échanges pour cette année à dépassé le 27 milliards de USD, est due à la mise en œuvre d’un smart power, Le succès turc en Afrique s’explique en particulier par l’aide humanitaire apportée par la Turquie aux pays africains à travers la TIKA (Agence Turque de Coopération et de Coordination), le Croissant-Rouge Turc (Kızılay) ou encore l’AFAD (l’Agence Turque de Gestion des Catastrophes et des Situations d’Urgences). La Turquie essaie d’avoir un rayonnement qui aille au-delà de son environnement proche, c’est à dire de l’Europe et du Moyen-Orient. L’Afrique est le premier d’entre eux mais nous avons vu la Turquie également très présente en Amérique latine, ou dans des pays d’Asie comme la Malaisie, l’Inde, l’Indonésie ou le Pakistan. La Turquie est un pays qui essaye de mondialiser sa politique étrangère. Nombres d’observateurs avertis s’accordent sur le fait que l’économie est l’une des facettes principales de la coopération stratégique entre la Turquie et l’Afrique. Basées sur un partenariat « win-win », les relations économiques turco-africaines ne font que se renforcer progressivement. Une autre facette qui est en train de se développer est sans aucun doute le sécuritaire et militaire. Pour l’illustrer, le récent rapport de l’Institut International de Recherche sur la Paix de Stockholm (SIPR)I relate le cas de l’Ethiopie où les exportations turques dans les domaines de la défense et de l’armement ont explosé atteignant 51 millions d’USD. Les drones turcs suscitent un grand intérêt dans les pays africains. Après l’Éthiopie, c’est au tour du Nigeria qui souhaiterait s’équiper de drones turcs afin de lutter contre les Organisations Violentes Extrémistes.

Il est utile de rappeler également que la Somalie accueille la plus grande base militaire de la Turquie hors de son territoire. En résumé, la stratégie d’influence turque en Afrique est fondée sur une démarche globale qui vise à apparaître comme un pays émergent, moins menaçant que la Chine, mais qui en même temps se démarque des anciennes puissances coloniales avec un discours néo tiers-mondiste assez populaire en Afrique. Une vraie politique de puissance complète où le soft power installé par le commerce, la culture et les ONG est couplé au hard power avec la vente d’équipements militaires.

Il est indéniable que la Turquie joue aujourd’hui un rôle de première importance en Afrique et développe chaque jour un peu plus ses relations avec les pays africains. Alors que le jeu turc en Méditerranée provoque des tensions politico-diplomatiques, l’Algérie est devenue un point d’arrimagesolide pour la Turquie. Ankara a toujours considéré une implantation en Algérie comme une étape principale dans son jeu d’influence en Afrique. Incontestablement, Alger s’appuiera sur cette relation stratégique avec Ankara parallèlement à celle qu’elle entretien avec d’autres acteurs clés pour élargir le champ de son positionnement sur le continent Africain.

17.5.2022 / Dr. Arslan Chikhaoui, Expert en Géopolitique et membre, du conseil consultatif d’experts du World Economic Forum (WEF- Davos), et du Forum des Nations Unies ‘Track 2’ pour la mise en œuvre de la résolution ‘UNSCR 1540’.

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