Importation des véhicules neufs : renvoyée aux calendes… algériennes ?

Importation des véhicules neufs : renvoyée aux calendes… algériennes ?

L’importation des véhicules neufs voit sa concrétisation s’éloigner au grand dam de plusieurs milliers de citoyens qui vivent dans le cauchemar de l’attente. Frappé pourtant du sceau de l’urgence, le dossier a connu plusieurs retours à la case de départ. En mai 2020, le président Abdelmadjid Tebboune  a décidé d’annuler le régime préférentiel pour l’importation des lots SKD/CKD pour le montage automobile et d’autoriser l’importation de véhicules touristiques neufs par les concessionnaires automobiles. Des dossiers à la pelle ont été déposés au niveau des banques notamment dans le cadre des mécanismes de la finance islamique. Mais l’attente des clients a trop duré. Et risque de l’être encore.  Pour les véhicules neufs, l’attribution des agréments permettant la reprise d’une activité économique devenue sensible en Algérie, traîne en longueur pour plusieurs motifs.

Le nombre des dossiers de demande d’agrément pour exercer l’activité de concessionnaire de véhicules neufs a atteint le nombre de 30 dont 11 dossiers pour l’importation de véhicules touristiques et utilitaires.

Des dispositions d’allègement du dossier de demande d’agrément ont été prises. Il est question de l’attestation délivrée par un notaire public qui confirme la conformité du dossier déposé par le candidat avec le contenu du décret exécutif, la suppression des exigences de superficie des infrastructures, fixées autrefois à 6.400 m3 pour les concessionnaires de véhicules touristiques.

Le décret exécutif n 21-175, signé le 3 mai 2021, consacre l’affectation d’un quota de 15% aux véhicules électriques. Là également surgit la question du  niveau d’aptitude du gouvernement à aller vers cette locomotion qui, certes, dominera le monde dans les années à venir.

Par ailleurs il convient de préciser que le Chef de l’Etat a  mis en avant la nécessité d’adopter une approche alliant simplification et efficacité en matière d’importation par les concessionnaires des véhicules neufs et d’œuvrer à la lutte contre la fraude et l’escroquerie dans les conditions fixant l’exercice de cette activité.

Aujourd’hui, le constat n’est pas très rassurant. Le deuxième semestre 2021 est largement consommé, et le ralentissement des procédures impactant l’offre et la demande sur le marchés des véhicules atteint également le secteur des assurances. Ce dernier enregistre une baisse de 3,2% sur la branche automobile, qui par ailleurs, représente 52% de l’activité du secteur.

Par ailleurs, et dans l’attente de son dénouement, ledit dossier devra aussi répondre à l’épineuse question du prix des véhicules qui risque d’être élevé avec les niveaux faibles qu’affiche la monnaie nationale. En définitive, le dossier automobile doit refléter la politique globale du gouvernement.

Entretien :

Pr. Brahim Guendouzi, économiste : « L’importation des véhicules neufs est la solution adéquate à court terme « 

Dans la conjoncture actuelle, l’importation des véhicules neufs est- elle la solution idéale pour le marché automobile et le citoyen ?

Depuis 2019, le marché de l’automobile en Algérie est à sec. Le marché de l’occasion  seul est relativement fonctionnel mais à des prix exorbitants. Les besoins en véhicules aussi bien des citoyens  que de l’économie nationale, sont sans cesse en augmentation. Comment les satisfaire ? Il existe trois options avec chacune des inconvénients.

Pouvez-vous livrer plus de détails ?

 

–       La première option, la plus simple sur le plan opérationnel, est l’importation de véhicules neufs par l’intermédiaire des concessionnaires. Le choix de ces derniers est déjà fait. Il ne reste  qu’à donner le feu vert à ces derniers et arbitrer sur l’enveloppe financière en devises à y consacrer, en tenant compte évidemment des potentialités dont dispose l’Algérie en matière de réserves de change.

 

–       La seconde option est l’importation des véhicules de moins de trois ans d’âge. Ce ne sera pas par l’intermédiaire de concessionnaires. Le citoyen voulant acquérir une voiture doit lui-même disposé le montant de l’achat en devises et effectuer le déplacement à l’étranger pour effectuer la transaction. Cette option est problématique sur le plan opérationnel du fait des contraintes de la circulation des personnes, de l’ouverture des comptes devises, des certificats de conformité et enfin, du risque de faire emballer le marché informel des devises au détriment de l’économie nationale.

 

–       La troisième option consiste à se doter une industrie automobile et rompre avec le processus de montage de voitures qui a été expérimenté et a montré ses limites. Cette option nécessite une plus grande maturation et plus de temps car le projet ne peut être lancé qu’à moyen terme pour lui garantir son succès. L’industrie automobile est complexe et elle est traversée actuellement par de nombreuses innovations technologiques dont il faudra tenir compte à l’avenir. Cela ne sert à rien de se lancer dans la fabrication de modèles qui risquent de devenir obsolescents demain.

Quelles perspectives pour le secteur ?

En définitive, la solution adéquate à court terme est d’importer directement les véhicules neufs par l’intermédiaire de concessionnaires qui assureront en même temps le service après-vente et la disponibilité des pièces de rechange. Reste à réfléchir pour une option à moyen et long terme sur la mise en place d’une véritable industrie automobile qui s’insérera dans le tissu économique densifié mais également avec un ou plusieurs partenaires étrangers.

Entretien réalisé par Yacine Bouali