Montée de l’algérophobie en France : Une dynamique encouragée ?
Dans un climat où le débat public se polarise de plus en plus, un autre phénomène gagne en intensité : la montée d’une algérophobie assumée au sein de la classe politique française et des médias gravitant autour de Vincent Bolloré. Loin d’être un simple hasard, cette hostilité croissante s’inscrit dans une narration plus vaste, où l’Algérie est de plus en plus perçue comme une menace, qu’elle soit diplomatique, économique ou sécuritaire.
Cependant, il serait erroné de considérer cette animosité comme un phénomène nouveau. L’hostilité envers l’Algérie est profondément enracinée dans certains cercles français, notamment parmi les nostalgiques de la France coloniale ou ceux dont l’histoire familiale reste marquée par les blessures encore vives de la Guerre d’Algérie. Ce passé, qui hante toujours une partie de la mémoire collective française, continue d’influencer les représentations et les discours, alimentant une défiance persistante à l’égard de l’Algérie et de son influence.
L’Algérie, nouveau bouc émissaire des droites radicales
Depuis plusieurs années, une rhétorique hostile à l’Algérie s’intensifie dans certains médias et chez certains responsables politiques. CNews, Europe 1 et Le Journal du Dimanche, passés sous la coupe de Bolloré, relaient régulièrement des discours virulents à l’égard d’Alger, insistant sur une supposée ingérence algérienne en France, sur le rôle de l’immigration issue de ce pays et sur des tensions mémorielles exacerbées.
Ce narratif trouve un écho favorable au sein des courants les plus droitiers de la classe politique, notamment chez Éric Zemmour, Marion Maréchal et une partie des Républicains, qui multiplient les prises de position contre ce qu’ils appellent « l’influence algérienne en France ».
Une convergence avec les intérêts d’Elnet ?
Si Elnet ne s’affiche pas directement comme un acteur de cette campagne anti-algérienne, il est légitime de s’interroger sur la convergence d’intérêts entre ce lobby pro-israélien et les cercles de pouvoir qui attisent la méfiance vis-à-vis d’Alger.
Un axe stratégique opposé : L’Algérie entretient historiquement des relations étroites avec la Palestine, un positionnement qui ne correspond pas aux intérêts défendus par Elnet.
Un affrontement géopolitique latent : La montée en puissance de l’Algérie sur la scène internationale, notamment avec son rapprochement avec la Russie et la Chine, contrarie certaines ambitions occidentales et israéliennes dans la région.
Une vision sécuritaire instrumentalisée : La lutte contre l’islamisme radical, thème central des événements organisés par Elnet, est parfois utilisée pour englober l’Algérie dans un discours anxiogène, bien que le pays lui-même combatte ces mouvances.
Vers un repositionnement stratégique de la France ?
La France se trouve aujourd’hui à un carrefour stratégique. Son rapport à l’Algérie est marqué par une relation complexe, entre mémoire coloniale et intérêts économiques. Mais la pression exercée par certains lobbies et groupes de médias pousse à une inflexion de plus en plus hostile à Alger.
Elnet, bien qu’agissant officiellement pour le renforcement des relations franco-israéliennes, pourrait indirectement contribuer à cette dynamique, notamment en soutenant des figures politiques et médiatiques qui portent un discours de rupture avec l’Algérie.
La montée de l’algérophobie en France ne relève donc pas d’un simple phénomène conjoncturel : elle s’inscrit dans un jeu d’influence plus vaste où plusieurs forces s’opposent. La question reste de savoir si cette orientation stratégique est dans l’intérêt de la France ou si elle répond avant tout à des influences extérieures cherchant à redéfinir ses alliances et ses priorités.
Belgacem Merbah