Entretien avec le Dr. Sidi Omar, représentant du Polisario à l’ONU et Responsable de la Coordination avec la MINURSO : « Mohamed VI est prêt à vendre son âme au plus offrant ! »

Entretien avec le

Dr. Sidi Omar, représentant du Polisario à l’ONU et Responsable de la Coordination avec la MINURSO : « Mohamed VI est prêt à vendre son âme au plus offrant ! »

Comme pour le cas algérien, l’adversité et la lutte pour son indépendance forge certains des meilleurs diplomates au monde. Nécessité est mère d’invention dit-on. Le peuple sahraoui, comme le nôtre, a donné naissance à de vrais titans en la matière, à l’image de Sidati, Bouchraya, la grande Omaïma dont la connaissance a été une grande découverte pour moi, et avec laquelle j’ai réalisé un de mes meilleurs entretiens autour de la cause sahraoui, au même titre que cette plume hors du commun de Mah Lahdih. La liste est encore longue, qui englobe comme de juste mon ami de longue date Bayssat, Taleb-Omar, et j’en oublie forcément. Sidi Omar, qui m’a gratifié par cet entretien, en dépit de son emploi du temps plus que chargé, a déroulé les formules justes. Celles qui rendent inutiles tout débat supplémentaire. Celle qui, surtout, donne mauvaise conscience à la communauté internationale. Qui la place impitoyablement face à ses responsabilités. Sa conscience aussi : « le monde devrait réaliser que le Maroc est dirigé par un régime autoritaire qui opprime son propre peuple depuis des décennies, sans parler des Sahraouis qui résistent quotidiennement aux politiques répressives marocaines dans les territoires occupés sahraouis. C’est aussi un régime qui prospère grâce au pillage des ressources naturelles sahraouies et à la drogue (le Maroc est le plus grand producteur et exportateur mondial de cannabis) pour financer son occupation illégale du Sahara Occidental ».

Entretien réalisé par Mohamed Abdoun

La Patrie News : En votre qualité de représentant de la RASD auprès de l’ONU qu’attendez-vous encore de cette institution transnationale, sachant que le Maroc, force occupante du Sahara Occidental, continue d’ignorer le droit international, sans jamais faire l’objet d’une quelconque résolution contraignante ?

Réponse 1 : Tout d’abord, je voudrais vous remercier beaucoup de m’avoir demandé de m’entretenir dans votre journal et pour vos reportagesdédiésà la question du Sahara Occidental.

Dr. Sidi Omar : Depuis trente ans, notre peuple attend que les Nations Unies organisent le référendum d’autodétermination que l’ONU elle-même préconise depuis des décennies. Ce référendum n’a pas encore eu lieu parce que l’ONU a permis au Maroc, l’État occupant, de faire dérailler le processus en toute impunité. Pour être franc, le peuple sahraoui trouve maintenant difficile de maintenir sa foi dans l’ONU après trois décennies de promesses non tenues, d’indulgence, et d’inaction pure et simple face aux actions illégales du Maroc et à l’occupation continue de certaines parties du Sahara Occidental.

Dans toutes ses résolutions, y compris la résolution 2548 (2020) du 30 octobre 2020, le Conseil de sécurité de l’ONU a réaffirmé son engagement à aider les deux parties, le Front POLISARIO et le Maroc, à parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, qui permettra l’autodétermination du peuple du Sahara Occidental. Par conséquent, ce que nous attendons de l’ONU et du Conseil de Sécurité, en particulier, c’est de traduire cet engagement maintes fois réaffirmé en actions concrètes pour permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination et à l’indépendance. Évidemment, pour que le Conseil puisse faire cela, il devrait abandonner son approche de « business as usual » [affaires habituelles] au Sahara Occidental et utiliser tous les outils diplomatiques et autres à sa disposition pour contraindre l’occupant marocain à s’engager sérieusement et de manière responsable dans le processus de paix.

Beaucoup de choses ont été dites sur la déclaration de Trump concernant la prétendue « marocanité du Sahara Occidental », très franchement parlant, qu’attend le président américain Joe Biden pour l’annuler, sachant qu’elle contredit l’esprit fondateur de la nation américaine, basée sur le libre choix et l’autodétermination de tous les peuples de la planète ?

En effet, il s’agit d’une question pertinente. Il est clair comme de l’eau de roche que la proclamation faite par le président sortant des États-Unis le 10 décembre 2020 viole les résolutions de l’ONU, y compris les résolutions du Conseil de sécurité que les États-Unis ont rédigées et approuvées au cours des dernières décennies, et bouleverse la politique traditionnelle des États-Unis concernant le Sahara occidental. Elle va à l’encontre des principes fondamentaux qui sous-tendent l’ordre international existant, qui interdisent l’acquisition de territoire par la force et consacrent le droit des peuples à l’autodétermination.

La question est maintenant de savoir si le président Joe Biden est prêt à revenir sur la proclamation de Trump, et ce qu’il attend pour rectifier la décision peu judicieuse de son prédécesseur et ramener ainsi les États-Unis à leur position traditionnelle sur le Sahara occidental. Je pense que les lobbyistes à Washington DC et d’ailleurs, qui travaillent pour le compte de l’occupant marocain, continuent leur campagne pour empêcher le président Joe Biden de prendre la bonne décision à cet égard.

Ce qui est certain, cependant, c’est que la proclamation de Trump – si elle est maintenue – n’aura aucun effet sur le statut juridique du Sahara Occidental, qui est déterminé par les résolutions de l’ONU, mais elle mettra sans aucun doute les États-Unis dans une situation assez difficile étant donné leur appartenance au soi-disant « Groupe des Amis du Sahara Occidental » et le porte-plume des résolutions onusiennes sur le Sahara Occidental et de la Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental (MINURSO). En d’autres termes, cela ne mettra pas seulement en doute la neutralité des Etats-Unis vis-à-vis de la question du Sahara Occidental, mais posera également la question de savoir si les Etats-Unis peuvent continuer à jouer un rôle constructif et crédible dans le processus de paix de l’ONU.

Une question subsidiaire me pousse à demander votre avis sur la normalisation des relations entre l’entité sioniste et celui qui s’autoproclame « commandeur des croyants » et président de la commission Al-Qods….

A mon avis, la personne qui dirige le Maroc en tant que monarque absolu ne peut être « Amir al-Mu’minin ». Pour cette raison, il n’est pas du tout surprenant qu’il soit prêt à vendre son âme au plus offrant et à faire ce genre de transactions en échange du maintien de son règne chancelant et du soutien de son expansionnisme au Sahara occidental et au-delà. Ce n’est un secret pour personne que la proclamation peu judicieuse de Trump, à laquelle vous faites référence dans la question précédente, était une contrepartie à l’accord que le Maroc a conclu avec Israël pour « normaliser » leurs relations, alors que les relations entre les deux pays étaient normales depuis longtemps.

Comment expliquez-vous le comportement hostile et belliqueux du Maroc envers plusieurs pays, comme l’Espagne, l’Allemagne et l’Algérie ?

L’hostilité qui domine la politique étrangère du régime marocain est liée à la crise de légitimité intérieure qui frappe la monarchie marocaine depuis son indépendance en 1956. Le régime monarchique a utilisé l’agressivité, ainsi que l’expansionnisme, comme principaux outils dans ses relations avec ses voisins immédiats et d’autres pays afin de détourner l’attention de son opinion publique nationale de la crise structurelle à multiples facettes à laquelle est confronté le régime en place. L’attitude hostile adoptée récemment par le Maroc dans ses relations avec l’Espagne, l’Allemagne et, bien sûr, l’Algérie, illustre cette politique qui a souvent alimenté de nombreuses tensions dans notre région et au-delà. En outre, après la proclamation de dernière minute de Trump concernant la souveraineté sur le Sahara occidental, nous avons vu le Maroc s’enhardir au point de commettre une énorme erreur de calcul lorsqu’il a considéré comme acquis que d’autres pays, en particulier en Europe, suivraient l’exemple de Trump. Au grand dam du régime, cela ne s’est pas produit, portant ainsi un coup dur à ses plans et exposant sa diplomatie amatrice et irresponsable.

 Ce qui étonne également dans ce conflit qui s’éternise, c’est que la communauté internationale, et le conseil de sécurité à sa tête, n’a pas réagi avec la fermeté voulue et attendue à la reprise du conflit armé entre les forces de l’APLS » et l’armée d’occupation marocaine après que cette dernière eut rompu le cessez-le-feu de 1991 en attaquant la zone tampon d’El Guergurat. Pourquoi ce silence et cette complaisance à votre avis ?

Il est vrai que le Conseil de sécurité, qui a la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, n’a pas agi avec vigueur contre la violation grave et documentée du cessez-le-feu de 1991 perpétrée par l’occupant marocain le 13 novembre 2020, et son acte d’agression sur le territoire sahraoui libéré. Comme prévu, l’Etat occupant reste dans un état de déni et tente désespérément de minimiser l’impact des lourdes pertes subies par ses forces au cours des derniers mois. Il continue également, sans vergogne, à vanter l’engagement en faveur d’un cessez-le-feu et d’un processus de paix qu’il a lui-même torpillé.

Le Secrétaire Général des Nations Unies a reconnu dans son rapport (A/75/740) du 11 février 2021 « la reprise des hostilités » au Sahara Occidental et a parlé de « plusieurs nouvelles menaces liées au conflit armé », bien qu’il soit resté silencieux sur la partie responsable de la violation du cessez-le-feu. Cependant, sa reconnaissance de la reprise des hostilités porte un coup retentissant à l’affirmation maintes fois répétée par l’occupant marocain selon laquelle aucun conflit armé n’a eu lieu au Sahara occidental depuis le 13 novembre 2020.

Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU sont également conscients de ce qui se passe sur le terrain au Sahara occidental, y compris les États-Unis qui ont déclaré, le 9 juin 2021, qu’ils consultaient en privé les deux parties sur la meilleure façon de « mettre fin à la violence » et de parvenir à un règlement durable au Sahara Occidental. Comme le dit le vieil adage, il est plus facile d’attraper un menteur qu’un boiteux. Par conséquent, tôt ou tard, le monde se rendra compte de la réalité de la guerre en cours au Sahara Occidental, et des tentatives futiles de l’occupant marocain de nier l’indéniable.

La question du respect des droits de l’Homme et du pillage des immenses richesses du Sahara Occidental est un sujet qui fâche énormément les dirigeants du royaume chérifien. Comment faire pour accentuer la pression allant dans ce sens précis ?

En effet, la situation des droits humains dans les territoires occupés sahraouis est très alarmante, surtout après la grave violation par le Maroc du cessez-le-feu de 1991, le 13 novembre 2020. Dans le cadre de sa guerre de représailles, les autorités d’occupation marocaines continuent de soumettre les civils sahraouis, en particulier les militants des droits humains, à une cruauté indicible et à des pratiques dégradantes et barbares en raison de leur protestation pacifique et de leur activisme contre l’occupation et le pillage des ressources naturelles sahraouies. Par conséquent, le monde devrait réaliser que le Maroc est dirigé par un régime autoritaire qui opprime son propre peuple depuis des décennies, sans parler des Sahraouis qui résistent quotidiennement aux politiques répressives marocaines dans les territoires occupés sahraouis. C’est aussi un régime qui prospère grâce au pillage des ressources naturelles sahraouies et à la drogue (le Maroc est le plus grand producteur et exportateur mondial de cannabis) pour financer son occupation illégale du Sahara Occidental. L’Etat d’occupation marocain doit être nommé et dénoncé, et le monde doit connaître la réalité de ce régime autocratique et son effroyable bilan de violations des droits humains et autres actions illégales au Sahara Occidental.

Quel regard portez-vous sur la rupture des relations entre Alger et Rabat, et dans quel sens pourrait évoluer la situation dans les prochains jours, semaines ou mois à venir ?

Je crois que la déclaration faite le 24 août 2021 par le ministre algérien des affaires étrangères, M. RamtaneLamamra, contient un exposé complet des actions hostiles menées par le Maroc contre l’Algérie au cours des dernières décennies, qui justifient la décision prise par l’Algérie à cet égard. Dans ce contexte, je voudrais souligner, comme un fait historique, que le Maroc n’a pas seulement revendiqué le Sahara Occidental mais aussi la Mauritanie dans les années 1960. Comme nous le savons, le Maroc a également attaqué l’Algérie en octobre 1963 et l’Espagne (île de Perejil) en juillet 2002, toujours dans la poursuite de ses revendications territoriales. Ces faits démontrent la nature réelle du pouvoir marocain et la mesure dans laquelle il doit sa survie à la conquête territoriale comme outil pour détourner l’attention de sa crise de légitimité intérieure profondément enracinée.

Je voudrais également ajouter que le régime et la classe politique au Maroc ont toujours eu un complexe d’infériorité profondément ancré vis-à-vis de l’Algérie dont la position de principe concernant la question du Sahara occidental et d’autres causes justes dans le monde est une source de grande fierté pour le peuple sahraoui et pour tous les peuples épris de paix. Pour sa part, le régime marocain n’a pas de quoi être fier, si ce n’est du soutien de quelques dirigeants et régimes autoritaires politiquement proches qui fondent leur pouvoir sur l’occupation, la dépossession et l’apartheid.

 L’entité sioniste n’a certainement pas rejoint l’Union Africaine en tant qu’observateur pour faire du tourisme, si je puis dire. A votre avis, à quels mobiles inavoués répond cette intrusion impromptue ?

Nous savons que l’Union Africaine, qui incarne l’unité de l’Afrique et la maîtrise de son destin politique et économique, fait l’objet d’attaques sévères et soutenues de la part de certaines puissances extérieures avec l’aide de leurs alliés et protégés en Afrique et au-delà. C’est dans ce contexte que le Maroc a été instruit de rejoindre l’Union Africaine en janvier 2017 pour travailler de l’intérieur et agir comme un saboteur pour le compte de ses bienfaiteurs. La décision prise par le président de la Commission de l’Union africaine d’accréditer un nouvel État observateur auprès de l’Union africaine, contre la volonté de nombreux pays africains, est également à déchiffrer dans ce contexte. D’ailleurs, la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) a ajouté sa voix aux Etats membres de l’Union Africaine qui ont enregistré leur objection à la décision du Président de la Commission de l’UA et a demandé que la question soit traitée au niveau du Conseil Exécutif de l’UA en priorité étant donné ses implications juridiques et politiques de grande portée pour l’Union Africaine et ses politiques et positions sur les questions régionales et internationales.

Y a-t-il une chance que Washington reprenne un jour son rôle important de « pen holder » au conseil de sécurité de l’ONU concernant le Sahara Occidental ?

Je voudrais expliquer que les Etats-Unis ont assumé le rôle de « porte-plume » pour les résolutions onusiennes sur le Sahara Occidental et le renouvellement de la MINURSO lorsque le soi-disant « Groupe des Amis du Sahara Occidental » a été établi au début des années 1990 à l’initiative des Etats-Unis. Bien qu’il ait commencé comme un groupe ouvert incluant d’autres membres non-permanents du Conseil, avec le temps le « Groupe » est devenu un club fermé qui a le monopole sur toutes les affaires liées à la question du Sahara Occidental au Conseil de Sécurité. Le fait que les projets convenus au sein du « Groupe » sont fréquemment présentés aux autres membres du Conseil comme définitifs et non négociables démontre non seulement la nature antidémocratique de ce groupe, mais aussi sa préférence pour des résolutions techniques apparemment basées sur le consensus, qui en fait cachent les intérêts et les agendas politiques de ceux qui détiennent le pouvoir au Conseil.

En ce qui concerne la question de savoir si les États-Unis continueraient à servir de porte-plume pour les résolutions onusiennes sur le Sahara Occidental et du renouvellement de la MINURSO, je voudrais me référer aux paroles de l’ancien ambassadeur allemand aux Nations unies, M. Christoph Heusgen, qui s’est adressé à la délégation américaine en décembre 2020, en disant qu’un « porte-plume doit être équitable, et doit avoir à l’esprit l’intérêt légitime de toutes les parties et agir dans le cadre du droit international ». Par conséquent, pour que les États-Unis continuent à jouer un rôle constructif et crédible dans le processus de paix de l’ONU au Sahara occidental, l’administration américaine devrait démontrer, non seulement en paroles mais aussi en actes, sa neutralité et son engagement pratique envers le droit international. Cela implique que la proclamation de Trump concernant la souveraineté sur le Sahara occidental soit inversée. Les États-Unis devraient également envoyer à l’État d’occupant marocain un message clair que ses tentatives de saper le processus de paix et d’imposer un fait accompli par la force au Sahara occidental occupé ne resteront pas impunies.