Entretien / Dr Bendif Allaoua, psychologue-clinicien, auteur du livre « Violences algériennes », à La Patrie News : « L’islamisme et le makisme se nourrissent l’un l’autre »

Entretien

Dr Bendif Allaoua, psychologue-clinicien, auteur du livre « Violences algériennes », à La Patrie News : « L’islamisme et le makisme se nourrissent l’un l’autre »

Le Dr. Allaoua Bendif, développe et défend des idées patriotiques sous l’approche docte et académique qui lui est propre. Partant, ses idées et approches dominent les débats stériles sur l’identité algérienne. Si, pour lui islamisme intégriste et « MAKisme » suprématiste se nourrissent l’un l’autre, l’idéal serait de retrouver l’authenticité de nos origines véritables, histoire de les soustraire à toute manipulation et/ou récupération politicienne. Ce n’est qu’en suivant cette quête et ce cheminement qu’on évitera que des drames identiques à celui de Larbaâ Nath Irathen ne se reproduisent de nouveau. S’agissant des incendies qui ont touché une bonne partie du nord du pays et endeuillé toute l’Algérie, la problématique réside avant tout dans l’anticipation. Oui, l’Etat était présent, et bien présent, dans toutes les phases de la prise en charge des victimes, contrairement à tout ce qui a été dit et écrit sur le sujet. Par ailleurs, u second tome du très intéressant livre « violences algériennes » doit sortir incessamment. En attendant sa parution, nous invitons nos lecteurs à s’appesantir sur cet entretien qui, patiemment et didactiquement, défriche pour eux les voies et voix de la sagesse, de la pondération et de la réflexion. A la fin de cette passionnant et enrichissante lecture, chacun d’entre nous pourra dire que « Djamel Bensmaïl n’est pas mort pour rien ».

 Entretien réalisé par Mohamed Abdoun

 La Patrie News : Dans l’entretien accordé à nos collègues de Reporters, vous rejetez le terme « assassinat » concernant ce qui est arrivé au défunt Djamel Bensmaïl. Pourquoi ? 

Dr Allaoua Bendif : Rejeter n’est pas le mot exact. Je préconise juste l’usage adéquat du mot assassinat. En passant dans le langage courant, l’usage inadéquat  de certains termes très sensibles, peut en faire des éléments d’impact sur l’opinion publique et cela peut influer le comportement citoyen, voire constituer une gêne pour le déroulement sain de la procédure judiciaire en cours.

Je m’explique : nous vivons actuellement, une certaine manière de désordre, caractéristique des phases de déconstructruction-reconstruction propre à la volonté de changement. Cela a fait croire d’ailleurs, à certains « amis qui nous veulent du bien », que c’est une phase de faiblesse propice à l’action belligérante, intérieure et extérieure, contre l’Algérie. Ce désordre se retrouve également, dans plusieurs domaines au niveau du discours et de l’usage des mots : le mésusage des mots, la dégradation de leur usage et, plus largement, du discours, est d’ailleurs corrélatif de dégradation de l’organisation sociale.

En l’occurrence, l’usage du concept d’assassinat est du ressort exclusif du juge d’instruction : c’est à lui et à lui seulement, de mener l’enquête judiciaire, par la force de la Loi, à charge et à décharge, et de qualifier juridiquement les faits ayant eu lieu à LNI. S’il les qualifie d’assassinat, cela veut dire que le meurtre, soit l’homicide volontaire, a été prémédité, c’est-à-dire qu’il y a eu dessein préalable de tuer. Quand il s’agit d’un meurtre collectif, cela veut dire qu’il y a dessein collectif préalable et donc, éventuellement, organisation, moyens etc., toutes choses dont la mise en évidence prouvée légalement relève, encore une fois, des prérogatives et des  compétences exclusives du juge d’instruction. Notre citoyenneté responsable, celle qui résulte de   notre culture et de notre comportement citoyen exemplaire, est une manière de participer activement à la construction de l’Etat de droit, de le respecter et, in fine de le défendre comme notre bien commun. La séquence juridique et institutionnelle de la qualification pénale de ce qui s’est passé à Larbaa Nath Irathen et qui aurai pu se passer ailleurs, qui s’est passé ailleurs : rappelons-nous, entre autres, de cette femme et de son bébé brûlés vifs par une bande de militants intégristes à Ouargla, en 1989. Cette femme était « soupçonnée » de prostitution. Son bébé avait péri et elle-même avait subit de graves brûlures au troisième degré. Respecter le Temps juridique institutionnel du traitement de cette grave affaire participe donc de notre devoir citoyen, celui par lequel nous renforçons tous et la culture citoyenne et l’Etat de droit. Cela est fondamental, dans cette phase de volonté de changement, qui se trouve être également une séquence où il est difficile, voire objectivement suspicieux de ne pas reconnaitre que notre pays et notre Etat (différent de régime) est l’objet d’une belligérance claire à plus d’un niveau et que dans ce genre de situations, la renforcement de l’Etat-nation, ici, par le respect exemplaire des procédures d’enquête et de qualification juridiques en est  l’un des aspects essentiels et c’est l’affaire de tous.

La culture citoyenne et les comportements citoyens qui en découlent, constituent une partie importante de la construction de l’Etat de droit républicain  et ce sont clairement les faiblesses de la mise en œuvre du contrat citoyen, engageant les deux parties contractantes en droits et en devoir, que sont les citoyens  et les représentants de l’Etat, qui en sont les obstacles perturbateurs. Ces faiblesses interpellent tout aussi clairement sur les lacunes de l’éducation et de la  formation des Algériens à la citoyenneté dont sont responsables tout les démembrements éducatifs du corps social national, l’Ecole en tête, mais jamais l’Ecole seulement.

Voilà pourquoi je préconise le respect et l’usage adéquat des concepts utilisés, surtout dans des médias, fondamentalement comptables de  leur exemplarité compte-tenu de leur impact éducatif direct et indirect. Il est notoire que la pauvreté du discours tenu à l’exemplarité soit la conséquence de la dégradation des institutions de l’éducation et de la production des savoirs  et indirectement, de la désorganisation sociale. Ne dit-on que pour détruire sûrement une Nation, il faut commencer par détruire son Ecole et son Education. Mais  cela est un autre sujet…non moins important !

Dans ce même entretien, dont j’ai tiré pas mal d’enseignements, vous évoquez cette idée selon laquelle,  je cite, « l’islamo-baâthisme et le makisme suprématiste sont les deux pôles criminellement complémentaires et attentatoires à la cohésion nationale ». comment se fait-il que des théories en apparence inconciliables, ou carrément antagonistes, aient pu faire jonction ?

La citation est exacte mais l’interprétation que vous en faites ne l’est pas tout à  fait. C’est vrai que  j’ai dit que l’islamo-baathisme et le makisme suprématiste sont les deux pôles criminellement complémentaires et attentatoires à la cohésion nationale mais je n’ai pas dit qu’ils ont fait jonction.  Ce que j’ai dit, c’est qu’ils se nourrissent l’un l’autre. Globalement, le baâthisme c’est le nationalisme panarabe, dont la  Oumma El arabia, supranationale, écrase  tout ou partie des diversités et des particularismes nationaux du monde dit « arabe », à tort ou à raison. En ce sens le panarabisme est réducteur et, par là, toxique. Le panarabisme primaire est un concept de politique naïve comme on dirait d’un certain art qu’il est naïf. Face à ce concept, populiste et il faut le dire, démagogique, il n’y a qu’à examiner le taux d’intégration panarabe dans le domaine de l’économie et du commerce, dans celui de l’industrie, de l’agriculture, de la santé et, surtout, dans les accords de défense commune. En économie, selon Arab Monetary Found, l’Algérie compte 2% d’échanges interarabes sur son volume global d’échange. D’autres pays arabes se contentent de 1%.

Selon l’Institut Européen des recherches sur les échanges inter arabes et euro arabes, en D’autres 1997, à titre indicatif, le volume des échanges économique au sein de l’AFTA (Arab Free Trade Area) créée par l’Union économique Arabe, à l’initiative de la Ligue Arabe en 1957, n’a pas atteint 10% des échanges globaux des 22 pays qui lui sont affiliés. Un citoyen algérien peut-il s’installer librement et facilement dans n’importe quel pays du monde arabe, s’y marier, acquérir des biens, y vivre, y mourir et y être enterré ?

Pour s’inscrire totalement dans l’actuel, les malheureux harragua qui la les dangers de la traversée avec des moyens rustiques en risquant de finir dans le ventre des poissons, prennent-ils la direction des pays de la Oumma Arabia ? Vers quels pays se dirigent-ils ?

Ce concept très éloigné de la real politik a été porté au maximum de son exotisme populiste et démagogique par la notion religieuse sacralisée de Oumma Islamique. Cela a donné l’Islamo-baathisme, résultat d’un compromis que nous avons connu en Algérie avec les fameux « barbéfélènes ». Ce courant Islamo baathiste, considère et impose l’idée de l’arabité de l’identité en faisant de la langue officielle des Etats faisant partie de la Ligue arabe, comme facteur essentiel de cette dernière. Ce faisant, il nie, réduit et violente les facteurs identitaires historiques, linguistiques, culturels nationaux respectifs, berbères en ce qui nous concerne et, ainsi, provoque la réaction quasi allergique des tenants de la berbérité nationale et nourrit la posture agressive berbère régionaliste contre l’arabité et vice versa, dans un cercle vicieux de déni plus ou moins violent selon le contexte et fait le lit des courants l’extrémisme berbère régionaliste, maintenant de plus en plus ouvertement extrémisme élitaire kabyle.

Ce que je crois, c’est que nous faisons partie du monde culturel et géostratégique arabe par l’histoire, par la géographie, par la religion, par la langue, y compris par notre vrai langue maternelle, la Darija qui est très proche de la langue arabe et de toutes les langues chamito sémitiques en général, par sa structure grammaticale, par ses ressources lexicales mais que cette Darija comporte aussi des éléments importants des parlers berbères et, secondairement, des langues de ceux qui nous ont successivement occupés et ceux que nous avons participé à occuper (Andalous, Siciliens) et avec lesquels nous avons eu des échanges sur des siècles.

Il y a des réglages à faire dans ce domaine de l’identité. En Algérie et dans toute l’Afrique du Nord, nous sommes majoritairement berbères… et nous sommes majoritairement  « Darijophones » cela ne fait pas de nous des arabes : cela fait seulement que nous appartenons au monde dit arabe par la langue officielle et pas mal par la Darija, supposément par les intérêts géostratégiques et autres, par  la religion majoritaire, par une partie de notre histoire commune etc. Tant que l’extrémisme Islamo-baathiste niera notre berbérité historique, il provoquera, en retour la réaction de rejet de l’arabité qui n’est, en réalité que la culture arabe abusivement présentée comme arabité essentialisée. Au contraire, plus notre berbérité est reconquise, restaurée, réappropriée, connue et reconnue par nos partenaires du monde arabe, dans l’échange culturel équitable et mutuellement reconnaissant et enrichissant, plus nous accepterons la dimension arabe de notre culture nationale comme enrichissement de notre culture berbère historique. Dans l’état actuel des  choses, notre pays à tous, l’Algérie, perd énormément de potentiel, de cohésion et de cohérence dans ces disputes qui n’ont pas lieu d’être si on optait pour plus d’écoute, plus de sérénité et plus de respect les uns pour les autres, au lieu des échanges réducteurs, accusateurs, péjorant et malheureusement, quelquefois insultants qui ne font qu’agrandir des fractures qui ne doivent leur existence qu’à la bêtise polémique, à l’ignorance de notre histoire et à la manipulation sourde, encouragée, comme de bien entendu, par les apprentis sorciers, d’hier et d’aujourd’hui, ceux de demain probablement, ceux d’ici et ceux d’ailleurs

Au demeurant sur tous ces plans, la Oumma arabe, la nation arabe, n’a d’autre existence que protocolaire et symbolique : regardez notre situation avec la Maroc voisin et frère, qui vient d’installer sur son sol la puissance belligérante sioniste dont les responsables nous menacent ouvertement en présence de nos « frères marocains », regardez, ce qui se passe entre l’Arabie Saoudite et ses coalisés d’une part et le Yémen d’autre part et les massacres honteux qui y sont perpétrés, depuis  mars 2015, regardez ce qui s’est passé entre ceux du Golfe et la Syrie. Regardez l’état de déliquescence de la Ligue Arabe etc.

Dans les conditions actuelles, la question de notre berbérité à tous, berbères darijophones et berbères berbérophones est abusivement utilisée par le groupe élitaire kabyle, qui abandonne nettement sa berbérité, après s’en être servi pendant des décennies, pour afficher plus clairement sa kabylité. Les kabyles n’étant que l’une des branches berbères (Iznaten pour être plus précis), il est aisé d’imaginer ce que deviendrait l’Algérie si les Kotamas, les Senhaja, les Béni M’henna, les Chenaoua, les Chaouia, les Nmamchas, les Maghraoua, les Imoghran, les Touareg, les Béni Mzab et toutes les autres branches berbères du pays, demandaient leur indépendance. Ce serait purement et simplement un retour à l’état tribal a-national voire antinational (dont la dynamique des Aarouchs était sans doute un indice précurseur dans un état du monde où ne pas être intégré à un ensemble régional, à son continent et à un groupe géostratégique mondial nous condamne à une faiblesse constituée

D’un autre côté,  les groupes élitaires islamo baathistes, qui ont fortement investi l’Ecole nationale sur le plan idéologique, nourrissent leurs troupes du mythe du danger de la berbérité pour sa façon rigide, mythique et fallacieuse de concevoir l’Histoire nationale, l’unité nationale et l’identité nationale. Entre ces deux mythes et ces deux extrémismes, l’Algérie, notre patrie à tous sans réduction ni exception, celle qui a réalisé, dans l’unité et la cohérence et dans le sacrifice, l’une des plus belles œuvres révolutionnaires et libératrices, perd un temps de développement cohérent et cohésif précieux et prend le risque de provoquer des fractures toxiques sur la base de polémiques futiles, si elles n’étaient nourries et amplifiées par les ennemis traditionnels de notre pays.

Tous les Etats forts du monde le sont devenus par l’unification de territoires mis en cohérence cohésive durable sur le plan économique  culturel, territorial historique etc.… c’est le Cas des USA, de la France, de la Grande Bretagne, de l’Italie, de l’Allemagne, ces deux dernière nations assez récemment à l’échelon de l’Histoire. Mieux, la globalisation a fait que l’existence et les souverainetés nationales sont menacées en dehors des grands ensembles régionaux, continentaux et géostratégiques, comme je l’ai précisé plus haut. Que valent alors les projets d’émiettement territoriaux nourris par des groupes élitaires ?…basés et protégés chez nos ennemis d’hier et nos adversaires déclarés d’aujourd’hui ?

Quant à la question de la jonction, car il y en a une, c’est plutôt entre les idées et les groupes dont le but n’est pas, comme ils le prétendent, de changer le régime, mais celui d’abattre l’Etat national et les institutions de sa permanence…et ensuite seulement, envisager des suites dont personne ne veut  parler clairement…pour l’instant Les alliances contre nature ont existé, de tout temps.

S’agissant de cet acte dont la qualification judiciaire tarde à se faire jour, qui ou quoi faudrait-il juger, les auteurs de cet homicide et de ces incendies, les idées qu’ils véhiculent, ou toute la communauté qu’ils prétendent représenter ?

Concernant la question du temps (ou du retard…) le temps judiciaire n’est pas le temps social ou celui de l’opinion publique. Il faut donner du temps à ce temps judiciaire pour faire son travail selon ses méthodes, selon ses normes et selon sa déontologie pour juger les justiciables selon les lois de la République, que ce soit les présumés coupables du meurtre, (la Justice déterminera s’il s’agit d’un assassinat) de Djamel Bensmail) aussi bien que les présumés coupables des incendies de forêt et là également, la Justice seule  a compétence pour ajouter d’autres infractions à la loi liées à ces actes ou de les considérer comme seuls délits ou crimes.

Quant aux idées on ne peut pas les juger. On ne doit pas les juger car seuls les actes concrets sont susceptibles de l’être. On les discute. On les combat, pacifiquement dans tous les cas, toujours avec des arguments, pour le bien de tous et pour le bien de notre de notre pays en dernière instance.

Bien évidemment juger une communauté en projetant sur elle les errements d’individus et de groupes isolés, serait un abus. Les procédures de représentation d’un collectif, quel qu’il soit sont connues et ceux dot la Justice déterminera la responsabilité pénale aussi bien dans les actes incendiaires que dans le meurtre de Djamel n’ont jamais reçu mandat s de qui que ce soit  pour les représenter. Au contraire, leurs actes n’ont reçu que la réprobation générale clairement déclarée.

Quelles similitudes ou différences pourriez-vous trouver entre les actes terroristes des années 1990 et cet « homicide » clairement revendiqué ?

Je rappelle que dans l’étape actuelle de qualification de l’homicide dont a été victime Djamel Bensmail, nous sommes d’ores et déjà dans le meurtre. En ce qui concerne les similitudes de cet acte collectif horrible, elles parlent d’elles-mêmes en tant que faits agis par des groupes probablement fanatisés et conditionné qui est visible depuis quelques temps. Pour ainsi transformé des simples citoyens en meurtriers gravement incapables de discernement humain, moral, légal et citoyen, il faudrait que ce discours qui les a conditionnés fasse appel à toutes sortes d’arguties émotionnelles sauf à ceux de la loi, de la  morale, de l’humanité et du respect de l’autre. Ce discours est parfaitement inacceptable. Généralement, sur le plan psychologique, les justiciables responsables de tels crimes ne se réveillent à un minimum de conscience de leurs actes qu’une fois sortis du contexte qui les a conditionnés et, dans tous les cas, malheureusement seulement après la commission de ces crimes abjects.

Par ailleurs, la prise en charge de ces faits et de ces situations de violence en groupe doit dépasser son traitement sécuritaire et juridique pour s’inscrire dans leur dimension sociale globale, celle qui permet de s’attaquer au fond de la  problématique qui les a engendrés et rendus possibles.

Quels commentaires pourriez-vous faire sur la manière avec laquelle s’est déroulée la prise en charge des victimes de ces incendies ? N’a-t-on pas retenu la leçon de nos années de larmes et de sang ?

Sur la manière dont les incendies et leurs conséquences ont été prises en charge : dans toutes les situations d’urgence et autres situations exceptionnelles, il y a toujours l’action immédiate, l’action post-immédiate et l’action différée. Aucune catastrophe ne ressemble à l’autre et c’est pour cela que quel que soit la réactivité, quel que soit la puissance et la sophistication des moyens, il y aura toujours un déficit quelque part. Cela met en relief la grave problématique du potentiel d’anticipation face à ces crises pouvant surgir à tout moment. Il est temps, dans notre pays, de se donner ces moyens, humains, matériels et technologiques d’agir de manière suffisamment anticipée pour en limiter les dégâts. Ces moyens se concentrent sur les réseaux de surveillance (maximalisés pendant les saisons à risques élevés) et de vigilance, d’alerte et d’intervention rapide. C’est aussi la formation spécifique, pointue, y compris ans les rangs des corps constitués. Je pense notamment aux militaires qui sont souvent appelés à la rescousse et qui doivent être dotés des formations et des moyens nécessaires à l’efficacité de leurs interventions et à la préservation de leurs vies. La f gestion des catastrophes, la médecine et la psychologie clinique des catastrophes, le travail social en situation de catastrophes doivent faire l’objet de formations pointues au sein de nos universités et de nos unités de formation et de recherche. J’ai longtemps plaidé pour ce genre de formations en tant qu’enseignant chercheur à  l’université mais je me suis systématiquement heurté à un mur de silence méprisant. C’est ce qui m’a poussé à faire valoir mes droits à  la retraite, de guerre lasse.

D’une manière opérationnelle, la prise en charge de ce genre de catastrophes se fait dans l’ordre dicté par le travail en situation d’urgence. L’urgence absolue est celui qui consiste à sauver la vie des sujets dont le pronostic vital est engagé. C’est le travail spécifique des urgentistes et il faut remarquer, à cet égard, le retard que nous enregistrons, à l’échelon national, dans ce domaine de formation médicale, d’équipement et de perfectionnement très spécifique et très sensible. Dans ce domaine du travail d’urgence, il faut également inclure la prise en charge psychiatrique d’urgence, rare mais réelle devant les cas de décompensation traumatique et post-traumatique.

Une fois leur vie sauvée, les victimes s’inquiètent de leurs proches et de leurs biens, là, deux modules de prise en charge deviennent importants : l’évaluation, le suivi et l’accompagnement  du travail de Deuil par les  équipes médico-psychologiques mixtes compte tenu des complications psychologiques, psychosomatiques et psychiatriques. Possibles liées au travail du deuil. Enfin les victimes s’inquiètent de leur sécurité matérielle, de leurs biens etc.et là l’intervention des équipes administratives et sociales deviennent déterminant. La cohérence de l’ensemble des modules dédiés à ce travail en situation d’urgence et de catastrophe est archi vitale car e il est souvent de course contre la montre, de grande réactivité d’esprit et de moyens favorables à la prise d’initiatives opérationnelles rapide, de prise de risque etc.

Reste la prise en charge différée : elle est essentiellement psychologique car elle permet de mettre de l’ordre dans les esprits systématiquement traumatisés (personne d ne sort totalement indemne de ces situations toujours très dures, y compris les intervenants, tous les intervenants à tous les niveaux sans exception. Ce travail consiste à évaluer le niveau du traumatisme subis et à encadrer la mise en ordre de la matière traumatiques subie en tant que tels et dans ses interactions avec les vécus passés et, éventuellement à venir. Ce module de la prise charge des victimes des catastrophes est d’autant plus important que généralement, une fois  les feux de la rampe éteints, ces victimes directes et indirectes, y compris dans les rangs des intervenants, sont abandonnées à leur souffrances.

Pour se donner les moyens de maitriser globalement ce travail en situation d’urgence exceptionnelle, une condition  est absolument  fondamentale c’est  le training méthodique, systématique et en conditions réalistes lors de programmes de simulation spécifiques et d coordonnés. S’aguerrir en participant, dans le cadre de la solidarité internationale en cas de catastrophes est également très formateur.

Vous êtes auteur d’un livre très intéressant paru aux éditions Koukou, intitulé « Violences algériennes ». Existe-t-il donc une violence spécifique aux citoyens algériens ? Dans le même ordre d’idées, un second tome est en chantier. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Oui, mon éditeur me dit que sa parution est pour très bientôt…un mois au plus tard. Il n’existe aucune spécificité algérienne en matière de violence : le soutenir, c’est  être gravement prisonnier des schémas explicatifs coloniaux et leur teneur exotique et fallacieuses, voire de ces manipulations perverse des savoirs académiques élevée au rang d’arme de destruction des peuples spoliés et occupés en dépit de tous les droits humains.. Les algériens ne sont ni plus violents, ni plus bêtes ni plus intelligents que leurs frères en humanité, partout dans le monde. Les violences sont générées par les pannes et par les échecs relatifs dans  les différentes  dynamiques  de construction,  de fonctionnement et de développement de la société algérienne et de l’Etat algérien, par les algériens eux-mêmes et par leurs responsables et ce malgré les acquis incontestables réalisés jusque-là car rien n’est jamais complètement noir et rien n’est jamais complètement blanc.