Interventions militaires et attentats terroristes : causalité de fait ou non, le débat fait rage

Interventions militaires et attentats terroristes : causalité de fait ou non, le débat fait rage

« Les pays engagés dans des opérations militaires sont-ils plus ciblés par les actes de terrorisme que les autres ? », entre ceux estiment que le lien de causalité existe de manière tangible et ceux qui le nient, un débat houleux est en train d’être mené par médias interposés. Déjà, la question est mal posée : les auteurs de la question ne précisent pas dans quels de pays ces opérations militaires sont menées.

A moins que, les interventions militaires n’étant engagées que dans les pays musulmans, ils n’ont pas cru utile de le préciser car, par la suite, ils parlent de terrorisme islamiste, pas des autres terrorismes, et il y en a, sauf que c’est le « terrorisme islamiste » qui est visé.

Un collectif de sept auteurs d’une tribune parue dans le Nouvel Observateur niant le lien de causalité entre interventions militaires (à l’étranger) et attentats terroristes (à l’intérieur du pays, la France, ici) a été visé par trois études qui estiment que la France est visée par les attentats terroristes à cause de ses interventions militaires en Syrie et en Irak et ailleurs.

Les sept auteurs de la tribune affirme, quant à eux, que la France est « attaquée pour ce qu’elle est, non pour ce qu’elle fait t et ne comprennent pas qu’il y ait des idées autre que les leurs, qualifiant les résultats des trois études est manipulatoire pour les discréditer et discréditer du même coup leur vision.

Selon le collectif, les deux premières études ont utilisés des données hétérogènes parfois loin des domaines d’intervention pour démontrer le lien de causalité existant entre l’intervention militaire française au sein de la coalition internationale en Irak et en Syrie.

Pour la troisième, ils trouvent qu’elle est « biaisée » puisqu’elle a été menée durant la période de 2014 à 2016, au moment de l’engagement français alors que le territoire français avait été ciblé par des attentats terroristes avant cela (déjoués) en 2013. « Donc c’était avant l’engagement de la France au sein de la coalition », affirment-ils. D’où ‘il n’y a pas de lien de causalité entre l’interventionnisme français et les attentats « islamistes », en oubliant « sciemment ? » de se rappeler que la France était partie prenante, par le biais de ses services spéciaux dans ce qu’ils ont appelé « les printemps arabes’, c’était aussi une intervention militaire dans des pays musulmans.

Le collectif persiste et signe en affirmant que : « Cet exemple montre d’ailleurs que l’on ne peut pas conclure, comme le font les auteurs, que les interventions militaires sont associées, toutes choses égales par ailleurs, à un risque plus élevé d’attaque terroriste sur son sol ». Ils font dont toujours semblant d’avoir oublié ce qui s’est passé avant 2014 et le mal que la France a fait à de nombreux peuples, musulmans et non musulmans, à travers le temps et l’espace. Ils vont même jusqu’à remettre en cause l’Oxford Handbook of terrorism’ comme ne pouvant constituer une référence.

Toujours dans le souci de faire asseoir l’idée qu’il n’y a aucune causalité entre l’interventionnisme français et le fait qu’il soit la cible d’actes terroristes, les membres de ce collectif affirment qu’il ne faut pas confondre entre les cas français et américain qu’ils considèrent comme différents l’un de l’autre. Par contre ils reconnaissent qu’il y a parfois un lien entre l’intervention française et « un attentat terroriste » mais n’en font pas une règle. Alors, pourquoi la Suisse n’a pas été victime des mêmes actes terroristes ?

Les auteurs de cette tribune continuent de défendre leur point de vue en reprenant un article publié par Daech en 2016 portant le titre de « Whywehateyou and whywefightyou »à travers lequel les terroristes de Daech donnent plusieurs raisons à cause desquelles ils haïssent et tuent les occidentaux.

Parmi ces raisons, nous ne trouvons aucune qui ait trait aux crimes contre l’humanité commis par les soldats et les hommes politiques occidentaux à l’encontre de tous les musulmans, où qu’ils se trouvent.

Ils veulent rapporter ces actes terroristes à une guerre religieuse beaucoup plus qu’à une réaction face à des attaques meurtrières ayant visé des musulmans désarmés pendant de longs siècles de domination et de colonialisme, puis, par les temps qui courent, de guerres injustes et inégales pour s’accaparer des richesses et reprendre pied dans les territoires d’où ils ont été chassés.

Ceci d’un côté, de l’autre, ils oublient que Daech n’est qu’une de leurs créations morbides, destructrices qu’ils ont armées et soutenues contre … les musulmans (la Syrie, et ailleurs), alors, pouvons-nous croire à ce qui a été écrit dans cet article qu’ils prêtent à Daech ?

En définitive, et là où la couleuvre ne passe plus, c’est que ces sept prétendus spécialistes qui veulent casser le lien de causalité de l’interventionnisme français avec les attaques terroristes perpétrées à l’intérieur même du territoire français, c’est qu’ils veulent justifier cet interventionnisme.

« Sachant que nos interventions (françaises) sont en général conduites – en coalition et dans le cadre onusien – pour protéger des populations (qui dans les faits sont souvent musulmanes), prévenir ou mettre fin à des massacres imminents ou en cours, faire cesser un risque terroriste qui menace non seulement la région mais en premier lieu les habitants», ont-ils affirmé dans leur écrit.

Nous sommes enfin arrivés à lever le voile sur leurs desseins : massacrer des populations musulmanes pour les protéger de Daech (leur création) à coups de bavures, de dégâts collatéraux et autres.

Même la présence de l’armée française au Sahel est perçue par ces « humanistes en herbe » comme une protection des populations locales alors que ce n’est qu’un poste avancé de la France (depuis 2013) pour éviter que les musulmans aient leurs propres territoires et ne parviennent à constituer des Califats, comme ils disent.

Enfin, pour défendre leur thèse d’interventionnisme en terre d’Islam, les auteurs de cette réponse aux trois études qui leur sont contradictoires affirment qu’il : « faut protéger les enfants musulmans comme les autres » (en les massacrant), puis, par cette sentence plus que belliqueuse empruntée à Raymond Aron : « Ce n’est jamais la lutte entre le bien et le mal, c’est le préférable contre le détestable. Il en est toujours ainsi, en particulier en politique étrangère ». Il est aisé de comprendre quel est le préférable et quel est le détestable.

Tahar Mansour