Suspension du traité d’amitié et gel des opérations de commerce extérieur : Coup dur pour l’Espagne

Suspension du traité d’amitié et gel des opérations de commerce extérieur 

Coup dur pour l’Espagne

Hayet Youba

La tension entre l’Algérie et l’Espagne s’est transformée en crise. Les relations entre les deux pays, qui se dégradent rapidement, sont passées à une étape supérieure ce mercredi 8 juin. L’Algérie a annoncé sa décision de suspendre un « traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération » conclu en 2002 avec l’Espagne. Quelques heures à peine après, l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers (ABEF), l’organisme bancaire clé en Algérie, fait état du gel de la domiciliation bancaires pour les opérations de commerce extérieures de et vers l’Espagne. « Suite à la suspension du traité d’amitié, de coopération et de bon voisinage avec le royaume de l’Espagne, il vous est demandé de procéder au gel des domiciliations bancaires des opérations de commerce Extérieure de produits et services de et vers l’Espace, et ce, à compter de jeudi 09 juin 2022 » a souligné la correspondance de l’ABEF. Une démarche qui s’inscrit dans une suite logique de la nouvelle tournure que prennent les relations hispano-algériennes. En fait Alger n’a fait que réagir à des décisions incompréhensibles du gouvernement espagnol qui a multiplié les erreurs diplomatiques avec un pays « ami». Le 18 avril dernier, Pedro Sanchez annonce sa décision d’apporter son soutien au plan d’autonomie marocain au Sahara occidental. Un revirement spectaculaire de Madrid et surtout inattendu qui a amené Alger à appeler son ambassadeur pour consultations. Dans le langage diplomatique, cela exprime clairement la colère. Car, au-delà du fait que ce revirement va à l’encontre de la légalité internationale, l’Espagne n’a pas jugé utile d’informer l’Algérie avant l’annonce, délaissant ainsi les us et coutumes des relations d’amitiés et de bon voisinage. Et ce n’était pas l’unique faux pas du gouvernement Sanchez puisque l’un de ses ministres ne sait point gêner pour annoncer que l’Espagne comptait livrer du GNL en flux inverse au Maroc via le Gazoduc Maghreb Europe (GME). Ce même GME que l’Algérie a décidé de fermer après la rupture de ses relations avec son voisin belliqueux de l’ouest. L’Espagne a donc tenté de bafouer une décision souveraine de l’Algérie qui en fermant le GME, avait également cessé de fournir gratuitement du gaz au Maroc. Là également, la réaction d’Alger ne s’est pas fait attendre et Mohamed Arkab, le ministre de l’énergie et des mines, a rappelé à son homologue que « tout manquement aux engagements contractuels pourrait aboutir à la rupture du contrat liant la Sonatrach à ses clients espagnols ». A la même occasion, la diplomatie algérienne et par la voix de Amar Belani, l’envoyé spécial chargé de la question du Sahara occidental et du Maghreb, a tenté d’être claire sur la nature de la tension qui existe dans ses relations avec l’Espagne en affirmant qu’il ne s’agissait nullement d’« un nuage d’automne qui va se dissiper rapidement. Ceux qui parlent d’une colère passagère de l’Algérie, ils ne sont pas en phase avec la réalité ». Mais cette mise en garde et biens d’autres lancées auparavant n’ont pas été prise au sérieux par Sanchez et son équipe. Ces derniers se sont mépris en considérant qu’Alger ne franchira pas le rubican. Le président Tebboune l’a fait et est en mesure d’assumer les conséquences. Et à bien voir, sa décision politique de suspendre le traité d’amitié et de bon voisinage avec l’Espagne a été accompagné par une démarcation économique. Un coup dur pour Madrid. Le pays perd déjà sur le plan énergétique puisqu’elle n’aura plus sa place de hub gazier du sud de l’Europe, après l’important accord gazier signé entre l’Italie et l’Algérie. Certes l’Espagne n’importe principalement de l’Algérie que des hydrocarbures (2.5 milliards en 2020) mais elle a exporté pour 1,24 milliards d’euros entre janvier et août 2021.Elle est le troisième client de l’Algérie (après l’Italie et la France) et son cinquième fournisseur (derrière la Chine, la France, l’Italie et l’Allemagne). C’est dire que les entreprises espagnoles exportatrices vers l’Algérie ou celles existantes ici dans le pays, vont avoir beaucoup de difficultés à poursuivre leur activité. En fait, il ne s’agit pas seulement de la décision de l’ABEF et du gel du commerce extérieur mais il s’agira dorénavant de confiance. Il ne serait pas étonnant de voir, dans les jours à venir, les différents organismes et sociétés algériennes, suivre la même démarche que l’ABEF et se retirer du partenariat avec l’Espagne. Certes, les engagements vont être honorés mais il n’y aura pas de nouveaux contrats. L’Algérie a toujours honoré sa parole mais elle est prête à couper les ponts, à perte même, lorsqu’on tente de la duper. Et lorsqu’il s’agit d’une question de respect, il faut redouter la colère d’Alger.

H.Y.

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