Les crânes des résistants algériens enfin restitués à l’Algérie

Entreposés dans les sous-sols du Musée de l’Homme à Paris depuis 1880

Les crânes des résistants algériens enfin restitués à l’Algérie

 

Attendue et espérée depuis des décennies, la nouvelle de la restitution à l’Algérie des crânes des résistants algériens, conservés au musée de l’Homme à Paris, est enfin tombée, en cette veille de la fête de l’indépendance.

C’est le président de la République, Abdelmadjid Tebboune qui en a fait l’annonce, au cours de la cérémonie de remise des grades et médailles à des officiers de l’ANP, à l’occasion de la célébration du 58ème anniversaire de l’indépendance et de la fête de la jeunesse, précisant que les crânes arriveront dans les prochaines heures, à bord d’un avion militaire.

CHEIKH BOUZIANE

La mobilisation de long cours de l’Etat algérien ainsi que de nombreux intellectuels et personnalités de la société civile, connaît enfin un épilogue heureux.

Pour rappel, la genèse des faits remonte à 1849 lorsque l’oasis de Zaâtcha est attaquée par les troupes du général Herbillon. Au cours de cette sanglante journée, la population et les chefs de tribus sont sauvagement assassinés. Les Chioukh Bouziane, Moussa et Lahcène sont d’abord faits prisonniers par les zouaves du commandant Lavarande, avant d’être exécutés sur ordre du général Herbillon et leurs têtes exposées sur la place de Biskra.

Ainsi, la tête de Bouziane (N° 5941 au MNHN de Paris), est coupée et fixée au bout d’une baïonnette à la fin du siège de Zaâtcha. Elle est conservée tout comme celles de Boubaghla (N° 5940 au MNHN de Paris) et de Cherif Bou Kedida (N° 5943 au MNHN de Paris), lui aussi tué par le lieutenant Japy dans un combat livré à Tébessa.

Les restes mortuaires des résistants de Zaâtcha ont ensuite été transférés au musée de l’Homme de Paris par Victor-Constant Reboud, médecin et botaniste français. Chacune des têtes était accompagnée d’une étiquette, portant le nom du chef décapité, la date de sa mort, le cachet du bureau politique de Constantine et la signature du Colonel de Neveu et de M. Gresley.

En effet, avant de clouer la caisse contenant toutes sortes d’objets hétéroclites (bracelets, lampes…), Reboud demande à René-Honorin Vital, le frère du collectionneur Auguste-Edmond Vital, « s’il pouvait enrichir l’envoi de quelques crânes intéressants ». Ce à quoi René Vital répond : « Prenez tout ce que mon frère a laissé, vous y trouverez des têtes de gueux célèbres (sic) et vous ferez le bonheur de mes servantes, qui n’osent monter au galetas, parce que l’une de ces têtes a conservé ses chairs fraîches, et que malgré la poudre de charbon dans laquelle elle est depuis de nombreuses années, elle répand une odeur sui generis ».

C’est ainsi que les crânes des vaillants résistants algériens se sont retrouvés au musée de l’Homme à Paris, il s’agit notamment des têtes de Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Cherif Boubaghla, Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaâtchas, Moussa El Derkaoui, Si Mokhtar Ben Kouider Al Titraoui, d’Aïssa El-Hamadi, lieutenant de Cherif Boubaghla, ainsi que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Emir Abdelkader.

Entreposés depuis 1880 dans les sous-sols du musée de l’Homme à Paris, les crânes des résistants algériens étaient presque oubliés.

Le 18 mai 2016, l’écrivain et militant algérien, résidant en France, Brahim Senouci diffusait sur Change.org une pétition appelant à la restitution des crânes des résistants algériens de Zaâtcha, massacrés par l’armée française.

A travers cette initiative mémorielle, Brahim Senouci a réussi à recueillir près de 30 000 signatures. Avant lui, en 2011, Ali Farid Belkadi, chercheur en histoire, avait révélé l’existence de ces restes mortuaires entreposés au musée de l’Homme à Paris mais l’histoire est restée sans suite. En relançant l’affaire, Brahim Senouci a réussi à alerter l’opinion publique.

La presse française a largement relayé l’information dans les colonnes des médias (L’Humanité, Radio France Inter…), de même que des intellectuels français dont les historiens Gilles Manceron et Tramor Quemeneur se sont prononcés en faveur de la restitution des crânes des insurgés algériens à leur pays.

CHERIF BOUBAGHLA

Le 16 juin 2016, le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni affirmait que l’affaire de la restitution des crânes des résistants algériens était « prise en charge par l’Etat ». Il a ainsi indiqué, en marge d’une conférence au Musée national du Moudjahid à l’occasion du 171ème anniversaire de l’enfumade de la tribu de Ouled Riah dans la chaîne montagneuse de Dahra (Mostaganem), que son département œuvrait, en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères, pour une « prise en charge optimale de cette question dont l’histoire remonte à plus d’un siècle ».

Aujourd’hui, les restes mortuaires des résistants algériens vont enfin reposer en paix dans des sépultures dignes de leur sacrifice.

LAMIA.B

 

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