RESPONSABILITÉ DES GÉNÉRATIONS DE LA LIBÉRATION NATIONALE POUR L’ÉDIFICATION D’UN ÉTAT MODERNE

67eme Anniversaire de la Révolution : 1er novembre 1954 / 1er novembre 2021

RESPONSABILITÉ DES GÉNÉRATIONS DE LA LIBÉRATION NATIONALE POUR L’ÉDIFICATION D’UN ÉTAT MODERNE

Dr Boudjemaa Haichour

Tous les historiens et chercheurs, du moins ceux qui se sont basés sur des faits réels et établis et ont travaillé de manière professionnelle s’accordent pour dire que le colonialisme n’avait aucun projet sociétal ou humanitaire, et qu’il n’était porteur que de misère, de destruction et d’extermination des peuples. Ils ont aussi indiqué que le sort qu’avaient envisagé nos ancêtres pour ce pays, à partir de l’Emir Abdelkader, Cheikh El Mokrani, Azatticha, Ouled sidi Cheikh et Lala Fatima N’Soumeur et d’autres ne peut être façonné que par le peuple algérien lui-même qui, le lendemain du massacre et génocide de 1945, avait bien compris la leçon. Il finira par adopter un nouveau concept visant la libération et l’indépendance en le concrétisant soigneusement la veille du 1er novembre 1954.

Même si les faits historiques se sont réunis sur le contenu des historiens et des chercheurs et des récits des combattants et moudjahidine pour la cause de l’indépendance de l’Algérie et ceux qui ont vécu l’époque coloniale ainsi que des écrivains et des chercheurs universitaires, qui se sont mis d’accord sur les grandes lignes dans l’écriture de l’histoire de l’Algérie contemporaine, nous devons approfondir davantage dans notre recherche et fouiner sur de nouveaux éléments restés enterrés. Cette mission est celle des historiens, écrivains et chercheurs universitaires, devant une génération de révolutionnaires vieillie, dont les épopées et les actes de bravoure resteront à jamais gravés dans la mémoire collective du peuple algérien et surtout pour les générations à venir qui doivent en tirer les enseignements, qui peuvent leur épargner beaucoup de maux de l’instant devant un nouvel ordre mondial impitoyable dont l’effet est répandu dans de nombreux pays fragiles.

Nous vivons en pleine guerre numérique et technologique, de nouvelles stratégies de guerre, de nouveaux concepts de dissimulations idéologiques, où l’anarchie créative pensée par Brezinski a porté un coup fatal aux pays en développement meurtris par les guerres civiles.

Nous célébrons le 67ème anniversaire de notre glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954, une Révolution qui a marqué la fin de la colonisation non seulement en Algérie mais dans d’autres pays notamment en Afrique. Notre rêve hier était de libérer notre pays mais surtout pour la jeune génération de l’époque d’accéder au pilotage d’avions supersoniques et de maîtriser les technologies les plus avancées dans les domaines les plus pointus de l’armement pour la défense et la sécurité de notre territoire.

Pour revenir sur les fondements de notre Etat moderne que la Révolution du 1er Novembre a réalisés contre l’une des plus grandes puissances militaires coloniales, il est tout à fait logique de revenir à la genèse de notre mouvement de libération nationale pour en saisir les éléments-clés.

En nous inclinant à la mémoire de nos martyrs tombés au champ d’honneur, notre attachement aux idéaux de paix et de liberté nous impose de glorifier en toute fierté la résistance anticoloniale de nos aînés. C’est l’histoire de notre combat libérateur que nous célébrons aujourd’hui sur cette terre de l’homme libre.

C’est sans doute dans ce bouillonnement des idées que chacun va à sa vision des choses, dans un contexte d’une géopolitique marquée par un nouvel ordre mondial régenté par l’énergie qui définit les équilibres endogènes et exogènes des Nations, alors que l’Algérie célèbre le 67ème anniversaire de sa glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954, une date mémorable inscrite en lettres d’or dans l’histoire contemporaine.

On est appelé à trancher toute cette chronologie des faits historiques permettant aux jeunes générations de transcender ces nuances dans la clarté d’un débat politique serein dans toute la communion inspirée les grands sacrifices de notre peuple ayant recouvré son indépendance au prix d’un million et demi de nos valeureux martyrs.

Personne ne peut oublier les conditions de misère, de famine, d’humiliation, de discrimination, d’expropriation, de dépossession et d’un code de l’indigénat qui reposait sur la violence et le déni de justice imposés par la puissance coloniale française.

L’analphabétisme battait son plein où plus de 90 % de la population ne fréquentait pas l’école « indigène » qui permettait d’obtenir juste le certificat d’études primaires. En face quelques talebs enseignaient le Coran dans les zaouïas et dans des maisons de fortune, sorte de gourbis. L’Association des Ulémas créera à travers le pays des écoles privées tel l’institut Ibn Badis de Constantine.

Il y avait aussi des écoles d’obédience PPA/MTLD comme celle d’El Katanyia qui verra de nombreux militants devenant à l’indépendance des chefs d’Etat comme Mohamed Boukharouba alias Houari Boumediene ou Ali Kafi…

Le combat politique prend forme après toutes les insurrections populaires anticoloniales menées par l’Emir Abdelkader, Hadj Ahmed Bey, cheikh El Mokrani, les Bel Haddad, cheikh Bouamama les Zaâtchas, les Ouled Sidi Cheikh… Toutes ces révoltes finissent par faire émerger la formation d’élites politiques à commencer par l’Emir Khaled qui, dès avril 1919 avait envoyé dans le secret absolu un mémorandum au Président Wilson demandant à la Conférence de paix pour que l’Algérie soit mise sous tutelle de la future Société des nations (SDN).

Depuis son journal El Ikdam, il crée son parti la Fraternité islamique dans l’esprit de l’Islam des Jeunes Algériens. L’Emir Khaled intervenait dans un langage populaire imagé par des proverbes du terroir, lançant des idées de son programme tels : un réseau d’écoles libres, d’une presse en langue arabe, l’organisation des émigrés en France etc.

L’Administration coloniale finit par lui imposer l’exil volontaire vers Alexandrie puis Damas. Même l’élite jeune algérienne le lâcha craignant son charisme et son éloquence durant les campagnes électorales. Il revient à Paris dans le giron du Parti communiste dans le combat de lutte anti-impérialiste de l’indépendance de l’Algérie.

Il est sans aucun doute le précurseur des courants politiques qui vont voir le jour dès 1923. Ainsi naissait l’Etoile Nord-Africaine (ENA) dirigée par Messali Hadj et fondée à Paris en juin 1926 dans le sillage du bolchévisme en tant que premier mouvement indépendantiste algérien.

Nombreux sont les émigrés du Maghreb qui adhéraient aux idées de l’ENA. Des liens de solidarité ancrés dans l’amour de la Patrie mais surtout des valeurs ancestrales de leur origine maghrébine.

El ghorba ou l’exil des Algériens en France puis en Europe entre les deux guerres venus entreprendre les travaux pénibles de reconstruction et de développement économique de la Métropole sera le cadre d’une militance politique d’un genre nouveau, d’une élite formée dans le syndicalisme et les mouvements politiques d’Europe ouvrant les horizons d’un nationalisme moderne.

Dans sa sève confrérique, Hadj Messali qui aura pour compagne Emilie Bousquant, fille aînée d’un mineur anarchiste et syndicaliste de Neuves-Maisons en Meurthe-et-Moselle, commencera à s’initier avec elle aux luttes ouvrières.

L’idée d’émancipation indépendantiste ne pouvait passer que par la doctrine marxiste-léniniste pour les Colonies et donc s’inscrire tout au début dans le PCF où sera créée une Fédération des militants originaires des colonies françaises. L’Etoile Nord-Africaine sera le mouvement qui va englober les Maghrébins mais surtout les Algériens. Et c’est Abdelkader Hadj Ali, membre du Comité exécutif de l’Union inter-coloniale qui recruta les premiers adhérents à l’ENA dont Hadj Messali dont ils seront les deux présents au nom de l’ENA au Congrès anti- impérialiste tenu durant l’hiver 1927. Hadj Messali en tant qu’affilié à une confrérie ne pouvait admettre l’idée d’indépendance que dans l’esprit de l’Islam.

En ce moment l’Emir Chakib Arslan qui vulgarisait à partir de la Suisse un certain arabo-islamisme fait connaissance en 1935/36 avec Messali qui s’engageait, quant à lui, dans un projet de société sur la base d’une Constituante souveraine au suffrage universel. En fait, la culture politique de la génération de Messali n’avait pas idée de se lancer dans l’insurrection armée jusqu’au moment où le FLN déclara au monde sa Révolution un certain 1er Novembre 1954.

Alors que le PCF voulait satelliser l’ENA, résolument patriotiquement algérienne, en 1928 Hadj Ali disparait laissant place à Messali Hadj qui s’identifia avec son combat indépendantiste. En 1933, il crée la Glorieuse Etoile dissoute peu après en 1934. Messali commença une série de séjour dans les prisons françaises.

Le 27 janvier 1937, le gouvernement Blum interdit l’ENA et le 11 mars de la même année, Messali fonde son Parti, le PPA (Parti du peuple algérien) en transférant son siège à Alger avant d’être arrêté et condamné à deux ans de prison ferme avec des compagnons tel Moufdi Zakaria qui venait en 1936 de composer l’hymne du PPA.

Au mois de septembre 1939, le PPA fut dissous et ses journaux El Oumma et Le Parlement Algérien furent interdits. Messali Hadj libéré en août fut à nouveau arrêté en octobre et condamné en mars 1941 à seize ans de travaux forcés. Face à la répression, presque toute la Direction du Parti fut décapitée. Mohamed Boudiaf, fonctionnaire aux impôts dans le Constantinois, et Mohamed Khider, syndicaliste dans le secteur des tramways à Alger, furent les militants du PPA et devinrent les chefs historiques du FLN au lendemain de la Révolution.

Boudjemaa Haichour